
La vie est une bénédiction que nous maudissons chaque fois qu'elle contrarie ce que nous voulons.
L'archétype de l'enfant béni est en chacun de nous. Il nous assure la joie, la prospérité, l'émerveillement, la beauté, le génie là où l'enfant maudit nous condamne à la peine, au manque, à l'indifférence, à l'esthétique et à la médiocrité.L'enfant béni est un courant de vie puissant qui fonde notre psyché, quand l'enfant maudit est une sédimentation de nos névroses au fil de notre histoire. L'enfant maudit se livre à un intense trafic intra psychique: l’art de transformer le vivant qui s’exprime en nous en quelque chose de "narcissiquement" acceptable. Lorsque nous dépendons de notre idéal du moi pour nous vivre comme quelqu’un de bien, nous allons retraiter en interne les sensations, les émotions, les sentiments, les pensées qui dérogent à cet idéal. Cette dépendance à une construction d'un moi idéal est à l’originel du trafic intra psychique, la survie de l'enfant maudit en dépend.C’est ce trafic qui fait obstacle à notre compréhension d'une situation. Il est une appropriation psychologique d’une réalité qui ne veut pas être vécue ou qui ne peut pas être vécue. Souhaiter, refuser, interpréter, redéfinir, étiqueter, imaginer, mentaliser, c'est tout le temps que nous passons à " bricoler " la réalité pour que l'événement devienne conforme à ce que nous voulons, pas à ce qui est. Le vouloir qu'il en soit autrement l'emporte sur ce qui est. Là est la source de nos conflits avec l'environnement et notre système d'auto-alimentation de nos représentations et croyances. L'enfant béni vit la situation là où l'enfant maudit la pense.
La peur de manquer et/ou
la peur de perdre pourraient à elles seules résumer l’état névrotique
auquel nous sommes réduits. La vie est ontologiquement inscrite dans
l’abondance, et c’est un réel talent que de se rendre
disponible à elle, tant nos systèmes de croyances sont orientés sur le manque.
Sous nos latitudes, me semble-t-il, la famine ne sévit point et pourtant
manquer est le maitre mot d’une population dont la grande majorité vit dans
l’opulence et dans ses extrêmes, le gaspillage et la thésaurisation. Ce
collectif ne manque que de lui-même. Le déficit de l’Etre n’a pu être compensé
par l’avoir, dont l’inflation grandissante
nous entraîne dans l’absurde de la surconsommation, quand deux tiers de
la population mondiale souffrent de la faim. Là où l’abondance multiplie, le
manque soustrait : manquer désigne toute à la fois l’absence, l’offense,
la rareté, la pénurie, le défaut, la défaillance quand l’abondance signifie
l’opulence, la richesse, la profusion, la prospérité, la multiplicité. Ces deux
mots témoignent d’une réalité économique et psychologique : le manque
psychologique est le manque de soi, le manque de l’autre, une façon simple
d’exprimer respectivement l’angoisse de castration et l’angoisse de
perte ; la peur de ne pas être à la hauteur et la co-dépendance affective.
Quand la réalité économique d’une personne témoigne du plein, que dois-je
comprendre de sa réalité psychique quand elle m’évoque ses
manques (solitude, amour, confiance)? Toutes ses Gestalts inachevées,
avides de se clore, sont-elles l’unique cause de cette immense béance
intérieure qui aspire à se combler ? Faut-il envisager là, l’œuvre d’une
logique de penser névrotique prompte à se focaliser sur ce qui n’est pas au
lieu de s’ouvrir à ce qui est ? Nos sociétés modernes et la pensée laïque
qu’elles ont imposée ont fait la
démonstration qu’Avoir sans Etre, aboutit à la perte de sens et à une
dépression existentielle collective.


C’est dans l’expérience d’une grande vulnérabilité que je suis connecté à plus grand que moi.
2011

Parution printanière pour un sujet complexe....






